La formalisation d’un dispositif de captation et l’assurance de la reproductibilité dépassent le cadre du projet SOIL. Cependant, la méthodologie initialement développée dans le jardin de la MSHPN a été testée dans d’autres écosystèmes. Dans le cadre de l’académie de recherche-création Montagnes Métamorphes dirigée par Laurent Chanel et soutenue par le ministère de la Culture, P. Goutmann a déployé un réseau de géophones sur le glacier des Bossons (massif du Mont-Blanc), à proximité du refuge des Grands Mulets, à une altitude de 3000 m.

Les glaciers sont en mouvement constant et génèrent des micro-vibrations parfois imperceptibles à l’oreille humaine : fractures et fissures émergentes, déplacements internes liés à la gravité, variations thermiques, circulation de l’eau et contraintes mécaniques. À cette altitude, la biophonie comme l’anthropophonie sont nettement réduites par rapport aux environnements urbains. Le contraste entre la quasi-disparition des sources sonores biologiques et anthropiques et l’intensification de la géophonie liée au réchauffement climatique offre un champ d’analyse et d’interprétation sur le plan artistique.
Le passage du sol au glacier a nécessité des adaptations pratiques et techniques. Par exemple, en raison de la dureté de la glace, l’installation des géophones a exigé l’usage d’un marteau et d’un ciseau fin pour créer des ouvertures destinées aux pointes. Dans ces conditions, la construction d’un réseau tridimensionnel a demandé une manipulation plus importante que sur sol ferme. De plus, les géophones n’étant pas étanches, nous avons décidé de les protéger avec des sacs plastiques. Les tests ont été réalisés fin juillet, mais des conditions météorologiques défavorables (dont plus de 30 cm de neige fraîche le jour de l’enregistrement) ont limité le périmètre d’exploration. L’accès aux zones les plus actives du glacier n’a pas été possible.


À gauche : installation du réseau de géophones, à droite : vue après l’enregistrement.
EXTRAITS SONORES EN BINAURAL
Extrait 1 : filtrage coupe haut, amplification.
Extrait 2 : pas de filtrage, moins d’amplification
